Lena Willikens : profession DJ

« Je mixe la plupart de mes tracks avec de la noise music, du sound design, des B.O. de films, des voix… Ce mélange doit créer cet effet un peu mystique. »

Basée à Cologne et signée sur le label du Germano-Chilien Matias Aguayo, Cómeme, Lena Willikens peut (et doit) être vue comme une alternative au tout-venant techno actuel, en même temps qu’un retour aux sources du DJing. Présentation d’une artiste au savoir-faire pas comme les autres.

Article paru dans Trax Magazine #184 (juillet-août 2015)
Par Sylvain Di Cristo

 

La jolie Allemande, lunettes de soleil sur le nez, commence son set sur la petite scène ombragée du festival Villette Sonique. « Je veux absolument la voir, elle est signée chez Cómeme ! » s’enthousiasmait un pote un peu plus tôt. Nous étions alors préparés, ça allait être original, « tropical ». Et sans l’avoir encore vue, nous l’aimions déjà pour son étiquette d’alternative à un vase parisien trop plein de techno. Effectivement, sa sélection est excellente, la technique élégante, chaque chanson accroche, quand soudain… « À un moment, le courant s’est coupé, il n’y a plus eu de son pendant… au moins des années ! J’ai dû repartir à zéro. Au début aussi, c’était pas mal le bordel, j’étais quasi sourde d’une oreille à cause d’un rhume, mais j’ai quand même joué en pensant que la vodka allait régler le problème (rire). »

Un incident qui la fait rigoler malgré son étrange récurrence, au point que recommencer en plein milieu de son set pourrait presque devenir sa signature, se marre-t-elle. À l’écouter, ça lui arrive « tout le temps », comme cette après-midi au Lente Kabinet Festival d’Amsterdam, où son dancefloor et ses danseurs se sont littéralement effondrés : « La piste était en bois et avait été construite au dessus un creux dans le parc où la scène était installée… Tous les dix gigs en moyenne, il y a je ne sais quoi qui cloche, une alarme incendie, les plombs qui pètent… Et je recommence toujours à zéro. »

Lena Willikens
©Phil Struck

Le vrai zéro, là où tout a commencé, c’était à 2010 à Düsseldorf, la ville de ses racines musicales, de ses influences dark et new wave, le krautrock allemand et de sa résidence au Salon des amateurs. C’est cette même année qu’elle fait la connaissance de Matias Aguayo, le boss de la maison Cómeme : « Avec Matias, on s’est d’abord liés d’amitié. Ensuite, il m’a confié Sentimental Flashback, mon émission mensuelle sur la radio du label. Puis, en 2015, il m’a proposé de sortir un disque sur Cómeme (Phantom Delia, ndlr). » Lena est lancée.

 

Lena, c’est un style, un savoir-faire, un regard différent sur la musique et sur le dancefloor. On l’a compris sur celui du Villette Sonique, déstabilisés par des tracks jamais entendus et leur potentiel next level. C’était tout aussi surprenant de voir autant de logique dans un bazar musical pareil, : « Je mixe la plupart de mes tracks avec de la noise music, du sound design, des B.O. de films, des voix… Ce mélange doit créer cet effet un peu mystique. Si vous avez ressenti ça, que vous vous êtes dit « Waw, je n’ai jamais dansé sur un son pareil ! », alors vous me rendez heureuse. Ça veut dire que j’ai fait du bon travail ! »

Et le côté mystique ? « Je pense que c’est mon ouverture d’esprit qui définit mon style, je suis un patchwork de milliers d’influences que j’ai découvertes et que je découvre encore. C’est ce patchwork qui prend à ma place cette décision de jouer tel ou tel disque. Pour se sentir complet, il est primordial de toujours être à la recherche de nouvelles choses. »

« Tropical », « mystique », « chaleur », des mots qui reviennent souvent dans notre entretien et on ne peut s’empêcher de les lier à l’esprit de Cómeme et à la musique sud-américaine. Mais là, elle nous arrête : « Le terme “tropical” est juste, oui, j’aime la diversité. Par exemple, si tu joues un truc bien dark et juste après quelque chose de plus tropical, cette juxtaposition va créer un choc de plusieurs ambiances et en faire naître une nouvelle, unique. Matias aussi joue comme ça. Cómeme a beaucoup d’artistes internationaux comme le Russe Philipp Gorbachev. L’Amérique du Sud n’est pas l’épicentre du label, le monde entier l’est. »

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