James Blake est heureux. Dommage.

La pop nous a volé le Baudelaire de l’électronique.

Le quatrième album de James Blake, Assume Form, est sorti le 18 janvier dernier. Pour comprendre ce disque, il faut d’abord savoir qui est James Blake et surtout d’où il vient. James est anglais, ça se voit, ça se sent, ça s’entend et pas qu’à son accent ; ça s’entend dès ses débuts en 2009, où il a commencé par produire le son british du moment, le dubstep, et était déjà sacrément doué. Deux ans plus tard, il sort son premier album éponyme à son nom : on en tombe tous de notre chaise. Le dubstep est toujours là mais il va se mettre à chanter et à traficoter sa voix qu’il mixe au piano – à l’ »harmoniser », on dit – et ça va devenir sa marque de fabrique. Avec cette base dubstep, ça va donner une sorte de soul du futur, terriblement triste – avec des accords surprenants et des ingénieuses dissonances – mais sublime. On n’avait encore jamais entendu une chose pareille, les critiques de l’époque ne trouvant pas de catégorie dans laquelle ranger cet OVNI. Un peu comme si Robert Smith pendant sa période Pornography avait copuler avec une version futuriste et britannique de Björk.

Son deuxième long-format (Overgrown, il aura 24 ans) sera tout aussi beau et réussi que le premier – le track « Retrograde » restera à jamais un chef-d’œuvre de la musique contemporaine – tandis que le troisième nous laissera un peu sur notre faim, mais on lui pardonne. Voilà que l’on arrive au quatrième album et ce qu’il faut savoir c’est que le Baudelaire de la musique électronique est amoureux. Et oui, comme sur un petit nuage, heureux comme un Golden retriever avec la présentatrice britannique Jameela Jamil. Et quelle leçon avons-nous retenue des albums produits quand on est heureux ? Qu’ils ne sont jamais à la hauteur. Qu’ils manquent paradoxalement de chair, de ventre, de trip, de texture, d’âme, du truc. Je vous dis ça mais soyons honnête, c’est un très bon album dans le contexte d’un artiste qui vise le marché mondial. C’est un très bon album… de pop pour Kanye West ou Drake, mais pas pour James Blake !

Ici, le virage hip-hop est négocié – je fais une parenthèse, je rappelle pour tout le monde, hip-hop, le genre musical le plus populaire, devant le rock –, on le voit aussi dans ses featurings avec André 3000 d’Outkast, l’Espagnole Rosalia qui cartonne, Travis Scott ou le producteur Metro Boomin. Mais pour moi, le souci c’est la postérité. Dans quelques années, quand je voudrai écouter du James Blake, que croyez-vous que je vais faire ? Écouter cet album très premier de la classe, avec tous les papiers en règle mais jetable car trop ancré dans son époque, ou revenir sur le James Blake de l’innovation, de la surprise, de la douleur et de l’éternel ? J’ai écouté cinq fois Assume Form depuis sa sortie, et là, en cet instant, je ne m’en souviens déjà plus. Mais être dans un open space me le rappelle.

Chronique rédigée pour l’émission Chaos sur le ring de Radio Néo, à réécouter ici :

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