Internet wave : nouveau genre, nouvelle scène

Le son d’Internet a un nouveau nom

Le son d’Internet a un nouveau nom. Le futur n’a jamais été aussi proche.

Publié sur Traxmag.com le 30 mars 2016
Par Sylvain Di Cristo, avec Marie-Lou Morin

Début 2011, largement diffusé par sa plus célèbre figure MIA, le seapunk inondait le Web de montages visuels volontairement cheap faits de dauphins, de pyramides 3D et d’objets psychédéliques qui provoquaient une cataracte. Une esthétique sortie de la cuisse d’Internet qui trouvait son pendant musical dans la vaporwave, sous-genre 2.0 mort-né qui revêtait un voile vaporeux aux couleurs fades sur des synthétiseurs 90’s (ou ses VST), des samples de chansons japonaises passés dans une immense reverb sous un tempo flemmard.

vaporwave

Esthétiquement, la vaporwave avait aussi ses propres codes à l’intérieur même du seapunk : en simple, tout ce qui touche de près ou de loin aux inventions technologiques des années 90 (magnétoscopes, ordinateurs…) et, allez savoir pourquoi, des statues de marbre de l’Antiquité. Ses artistes majeurs se nommaient alors Oneohtrix Point Never (qui sortait son album Replica), James Ferraro et surtout Macintosh Plus et son parfait Floral Shoppe. Aujourd’hui, après un temps où ces sous-cultures du Net Art s’étaient un peu fait oublier, un son et un visuel nouveaux semblent remonter du Deep Web : l’Internet Wave.

bogoss-lacoste
Capture d’écran du SoundCloud de bogoss-lacoste (aka Ideal Corpus)

Les codes sont sensiblement les mêmes, (les emojis en plus) mais la génération change, les artistes changent et leurs influences – qui sont l’essence même de leur son – aussi. Musicalement, ce genre intelligemment con et encore en version beta, confond tout : electronica, ambient, techno, bass music, garage, post-punk, footwork, witch house… mais le hip-hop et le r’n’b restent pour le moment les sonorités les plus répandues. Aux Etats-Unis, ils s’appellent Vektroid, Magic Fades ou Ryan Hemsworth ; en Angleterre ce sont PC Music ou Night Slugs. En France, une scène est rapidement en train de prendre son indépendance vis-à-vis de ses parrains, qui n’ont jamais réellement revendiqué le fait d’en être (globalement, tous ceux qui gravitent autour de Sound Pellegrino, Bromance, Resources ou la scène queer parisienne).

Aussi vite qu’une mode née sur le Web peut aller, ce microcosme d’ados en Sergio Tacchini dicte via SoundCloud les nouvelles règles esthétiques et musicales de 2016 en foutant le souk dans la tête de ceux qui tentent de définir ce qui est mainstream et ce qui ne l’est pas. Question légitime, comment qualifier un son d’underground quand certains des artistes de cette scène utilisent des samples de Francis Cabrel ou Justin Bieber, le générique de la série Sous le soleil ou des vocals de tubes reggaeton d’Amérique latine ? Grossièrement, rajoutez des nappes de plugins craqués sur le Net, beaucoup, beaucoup d’autotune, une créativité infinie, une profonde mélancolie ou, selon Marie-Lou Morin qui consacrait un très bon papier sur le sujet dans Libération, « une pensée désenchantée en rupture avec l’industrie du disque, et dont les artistes refusent la plupart du temps les manageurs ou les tourneurs pour se produire exclusivement eux-mêmes », façon PNL. Terminez par un amour sur-assumé de la pop-culture avec laquelle ont grandi ces grands enfants, et vous obtenez le bug sublime, le paradoxe binaire : l’Internet Wave de Oklou (et son crew féminin TGAF), detente, Cimer, Aprile, Le Vasco, Ninja Sword ou encore bogoss-lacoste (du duo Ideal Corpus).

Mais leur réunion dans cette scène n’est pas uniquement dû à certains codes musicaux Internet qu’ils ont en commun – une explication qui serait finalement trop faiblarde de par l’extrême diversité de leurs influences, insufflées du Web. C’est surtout l’état d’esprit et la manière dont cette musique est produite qui les relie entre eux : « Sans aucune frontière et pourtant tournée vers l’intime… Ce mouvement a émergé dans des chambres d’ados qui ont découvert le monde à travers le Web, et la musique grâce à des logiciels bon marché. Ces digital natives sont nés avec l’explosion de la pop culture, de la télé-réalité, de la célébrité éphémère. Et font fi de l’élitisme dont se sont targuées les générations précédentes », avance encore Marie-Lou Morin.

Illustration Alpha & Panteros / Libération
Illustration © Alpha & Panteros 666 pour Libération

Enfin, au delà de l’esthétique et de ses sonorités, l’Internet Wave est surtout une façon de s’exprimer pour toute une génération : « Ça provient d’une volonté d’aller à contre-courant, de jouer avec les standards universels de beauté. Les gens ont toujours l’impression que l’esthétique Internet, c’est un dauphin ou une licorne, alors qu’aujourd’hui c’est devenu un langage à part entière. C’est un courant porteur d’espoir, qui explore les nouvelles technologies et les frontières du beau avec un mouvement de balancier permanent entre le réel et le virtuel », confie Panteros666 à Libération.

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