Le mal est Faye

Rêve en slow-motion et cœur brisé au concert parisien de Faye Webster.

C’est comme un film. Lumière froide et chaleur étouffante, le héros erre sur un boulevard de Rochechouart désert. Ereinté par sa propre déprime, il descend seul les marches de la Boule Noire. Le parquet sombre et usé de la salle de concert parisienne craque sous la plume de son poids. La barmaid mâche lâchement son chewing-gum les bras et les jambes croisés, adossée au mur de bouteilles d’alcool qui scintillent sous l’effet d’une lumière paresseuse. Chaque pas résonne dans cette salle recrachée par l’ouragan d’un succès révolu. Gauche, droit, gauche… Les miroirs ne font pas illusion du faible nombre de personnes qui s’est déplacé. Droit, gauche, droit, stop. Il s’arrête au milieu des ombres.

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Sur scène, un homme barbu plein de bonhomie assis devant une pedal steel guitar attend son tour pour rendre plus flou encore ce rêve qu’initiait l’Harmony Stratotone de Faye Webster. Les fantômes des ballades de Dire Straits et Johnny Cash comblent les places libres quand la jeune nymphe d’Atlanta fait entendre sa voix satinée, légère, candide. Le temps se fige. Plus rien n’existe vraiment derrière ces quatre murs si ce n’est un monde qui ne saurait préserver l’adorable fragilité de cette fille dont notre héros tombe en cette seconde sous le charme. Affublée de son jersey de base-ball fétiche, de sa visière en raphia fétiche, de son bandana blanc porté à la ceinture et d’un ample pantalon blanc, il est hypnotisé par la féminité de ce garçon manqué qui chante son âme dans un micro qu’elle a apprivoisé il n’y a pas si longtemps – après tout, elle n’a que 21 ans.

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Tout est en slow-motion en bas. La barmaid est maintenant accoudée au bar, la mâchoire molle, les yeux dans le vide. Quand sa voix est à deux doigts de se casser sous le poids de la sincérité, elle ouvre les yeux et le fixe. Il en persuadé. Quand elle fait quelques figures de yoyo sur scène, c’est pour lui qu’elle les fait. Quand elle chante sa chanson préférée de l’album, « Jonny », c’est lui qui se rebaptise. Quand elle justifie la délicatesse de sa voix par une soudaine allergie à l’ananas, c’est à lui qu’elle le dit. Et il est ému, touché, amoureux, oui. Mais son cœur se brise après le rappel, quand les lumières se rallument et qu’elle quitte la scène. Quand les secondes se remettent à battre la mesure de manière normale et que la morne normalité de sa vie vient le r’habiter. C’est terminé. Le mal est Faye.

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